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06 octobre 2026

Bilan post-électoral: les sondages, les agrégateurs, que conclure

 Bonsoir,

Dans ce bilan post-électoral, j'aborde deux questions. Comment les sondages s'en sont-ils tiré? Et d'autre part, étant donnée la place qu'ont pris les agrégateurs, il est important de se demander comment eux s'en sont-ils tirés?

Le graphique suivant présente l'estimation des intentions de vote. Chaque point représente les résultats d'un sondage. Les tendances sont estimées par régression locale. les lignes verticales représentent le début de la campagne (28 août), les deux premiers débats (15-16 septembre) et le dernier débat (23 septembre). 

Pour ce qui est des sondages, nous avons seulement les résultats globaux pour le moment. Étant donné que l'on sait qu'il y avait du mouvement en fin de campagne, à tout le moins pour la Coalition Avenir Québec (CAQ), le Parti Libéral du Québec (PLQ) et le Parti Conservateur du Québec (PCC), on doit conclure que les sondages s'en sont très bien tirés. Il y a une légère surestimation du Parti Québécois (PQ) -- on parle de 1,5 points -- et de la CAQ, mais cette dernière était en déclin dans les derniers jours. 

La sous-estimation de Québec solidaire (2,4 points) est plus surprenante, étant donné que les partis de gauche sont plus souvent surestimés. Le PLQ et le Parti conservateur du Québec (PCC) sont très bien estimés. 

 

 

Par ailleurs, mes analyses donnent des estimations très similaires à celles des agrégateurs. Par contre, certains ont plus fortement surestimé la CAQ (à 17,2%) et sous-estimé le PCC, comme le montre le tableau suivant. 

 

Il faut parler de projection de sièges parce que ces projections ont occupé une place très importante dans la couverture médiatique, plus de place même que les sondages. C'est d'autant plus compréhensible étant donné la distorsion de notre système électoral, particulièrement dans le contexte de cette élection, qui fait que les intentions de vote ne se traduisent pas en une égale proportion de sièges.

 

 

Le tableau suivant présente le nombre de sièges où les partis sont projetés en tête de même que les limites basses et hautes des prédictions des agrégateurs, ce qu'on appelle l'étendue. C'est un peu comme la marge d'erreur et l'intervalle de confiance des sondages. 

Tous les agrégateurs, quel que soit le modèle utilisé, ont surestimé le nombre de sièges où le PQ était en tête, lui prédisant de 63 à 67 sièges. Ils ont concurremment sous-estimé le nombre de sièges qu'allait remporter le PLQ. Pour QS, deux agrégateurs s'en tirent très bien, prédisant 8 et 9 sièges. Les deux autres sont trop bas. Il faut comprendre que ces projections sont tributaires de l'estimation des intentions de vote par les sondages et que elles-mêmes ont sous-estimé QS.

  

Ces conclusions ne prennent toutefois pas en compte l'étendue -- généralement très substantielle -- des prédictions des agrégateurs. Cette étendue -- entre un minimum de 32 sièges et un maximum de 77 sièges pour le PQ -- est tributaire de l'incertitude amenée par les mouvements de la CAQ, du PCQ et du PLQ. On n'en a sans doute pas suffisamment parler pendant la campagne, l'accent étant mis sur "le chiffre" et la possibilité d'un gouvernement minoritaire ou majoritaire.Si on prend l'étendue des projections en compte, tous les agrégateurs ont eu raison pour tous les partis sauf pour la CAQ. Pour celle-ci, un seul agrégateur n'avait pas prévu la possibilité de l'absence de sièges. Notons aussi que deux agrégateurs ont proposé des statistiques différentes, soit la médiane pour Route127 et la moyenne des projections pour Poll tracker (The Writ). Ces deux statistiques ont donné de meilleures projections pour le PQ... mais pas pour les autres partis.

En conclusion

Étant donné les changements majeurs qui ont eu lieu au cours des derniers mois et durant la campagne, ce ne serait pas juste de "lancer des pierres". Au contraire, les sondeurs et les agrégateurs s'en sont généralement bien tirés dans les circonstances. Il y a toutefois une réflexion à faire sur la manière de traiter les projections de sièges. Il faudrait sans doute parler plus de l'étendue des projections, de la marge d'erreur, quoi!

04 octobre 2026

Petit bilan de fin de campagne

. 

 Bonjour,

Une flopée de sondages publiés hier ou aujourd'hui, jusqu'à il y a à peine une heure ou deux. Quelques sondeurs qu'on n'a pas vus souvent, comme Research Co et Liaison publient aujourd'hui.  Peu de changements dans les intentions de vote estimées. L'histoire de cette campagne est celle d'une remarquable stabilité du vote pour le Parti Québécois (PQ). Parti à 30% début août, il s'est "stationné" sous 30% jusqu'à la fin de semaine dernière où trois sondages ont estimé ses appuis à 30%. Les derniers sondages le ramènent à 29% avec toutefois un sondage à 31% et un autre à 28%. 

Deux points importants: D'une part, comme les chiffres sont arrondis, 29%, c'est de 28,6% à 29,4% et 30%, ça commence à 29,6% et ça peut aller jusqu'à 30,4%. Un mouvement de un point peut être en fait un "mouvement" de 0,2 points de pourcentage ou de 1,8 points. Dans tous les cas, il n'est pas significatif si on prend un seul sondage. Par contre, on est presque sidéré de voir que tous les sondeurs, quelles que soient les méthodes utilisées donnent presque toujours des chiffres très similaires ou même identiques pour le PQ.

Le Parti Libéral du Québec (PLQ) est maintenant entre 23% et 25% dans les derniers sondages. Les estimations pour la Coalition Avenir Québec (CAQ-ECF) varient fortement, entre 13% et 18% mais les sondeurs plus établis comme Léger et Pallas mettent tous les deux ses appuis à 14%. Pour ce qui est du Parti Conservateur du Québec (PCQ), c'est l'unanimité à 20%. Enfin, les intentions de vote pour Québec Solidaire (QS) sont similaires, entre 10% et 11%. Les appuis à la CAQ sont donc ceux qui varient le plus entre les sondeurs.

 Quelles conséquences? On a eu l'impression pendant la campagne que l'appui au PQ variait, qu'il se "dirigeait en zone majoritaire". Toutefois, cette variation était uniquement celle des projections des agrégateurs et celles-ci sont dépendantes de la variation des intentions de vote pour les autres partis, particulièrement dans les circonscriptions où le PQ est talonné. Et elles sont évidemment fortement victimes de la distorsion de notre système électoral. Pour en savoir plus sur les agrégations, voir cet article publié dans La Presse du 2 octobre: https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2026-10-01/elections-quebecoises/peut-on-se-fier-aux-predictions-des-agregateurs-de-sondages.php 

Les graphiques faits aujourd'hui à presque 22h00 donnent ceci. Je ferai une comparaison avec le vote mardi. 

Le graphique suivant montre bien la dynamique de la campagne. Les appuis à la CAQ ont progressé jusqu'à la fin août au détriment surtout du PLQ. Depuis, ces appuis ont décliné assez sérieusement au profit tant du PCQ que du PLQ.

  

Pendant ce temps, dans la RMR de Montréal 

Le PLQ et le PQ ont enregistré une hausse de leurs appuis entre le début août et la fin de la campagne dans la RMR de Montréal, mais après un déclin qui s'est étiré presque jusqu'à la mi-septembre. Les autres partis sont en légère progression (PCQ, QS) ou ont décliné fortement (CAQ). Le PLQ s'est distancié  de ses proches concurrents comme le PQ et la CAQ au cours des dernières semaines.

  

Chez les Francophones

Les appuis au PQ sont demeurés stables également chez les francophones bien qu'il y ait eu une légère remontée après la mi-septembre. L'effondrement des appuis à la CAQ a profité surtout au PCQ et dans une moindre mesure également au PLQ. 

 

 Chez les non-Francophones 

Chez les non-Francophones, le PLQ "caracole" en tête pour utiliser une expression fréquente dans les médias et ses appuis sont probablement, à 55%, sous-estimés. Les autres partis sont relativement stables. Les échantillons sont tellement petits qu'il ne faut pas se fier trop aux estimations. Celles-ci peuvent être très variables. Les appuis à QS, par exemple sont estimés entre 5% et 12%.

 

A quoi s'attendre? 

Pendant longtemps, les appuis au PLQ étaient systématiquement sous-estimés par les sondages et souvent, les appuis au PQ étaient surestimés. Toutefois, avec la dynamique à cinq partis qui s'est installée depuis 2018, ce n'est plus le cas. À l'élection de 2022, avec le même type d'analyse que j'utilise dans ce message, les appuis au PLQ et au PCQ avaient tous les deux été surestimés de deux points alors que ceux du PQ avaient été bien estimés et ceux de la CAQ et de QS, légèrement sous-estimés. 

Il ne faut pas sous-estimer non plus la possibilité que, dans les circonstances actuelles, des mouvements de dernière minute se produisent dans l'électorat. Donc, il me semble qu'il faudra vivre avec l'incertitude jusqu'à la fin de la soirée électorale et peut-être même après!  

 

Merci à Mathieu Lavoie pour l'efficace entrée des données et les graphiques. 

28 septembre 2026

Mise à jour: Ca bouge...

 Bonjour,

 

Trois nouveaux sondages publiés hier soir ou ce matin, Synopsis, Léger et Pallas. Une mise à jour s'impose!

D'abord pour ce qui est de l'ensemble du Québec mais en sachant que l'ensemble du Québec, c'est comme la moyenne: "Quand tu as la tête dans le four et les pieds dans la glace, en moyenne tu es confortable" :)

En gros, trois partis semblent en progression pour l'ensemble du Québec et bénéficient d'une baisse substantielle de la CAQ - ECF. Ce sont le Parti Québécois (PQ), le Parti Libéral du Québec (PLQ) et le Parti Conservateur du Québec (PCQ). 

  • Le PQ revient au niveau où il était au début du mois d'août, à 30%. Les trois sondages publiés s'accordent là-dessus. 
  • Le PLQ est en légère hausse, surtout selon Léger qui le met à 26%.
  • Le PCQ est aussi en légère hausse à 17% ou 18% (Léger).
  • QS se maintient aux alentours de 10% avec un seul sondage qui diffère, le Synopsis qui le place à 13%. Les deux autres sondeurs sont à 9%.
  • La CAQ - ECF est vraiment en difficulté. Elle n'avait pas eu moins de 20% d'intention de vote depuis mai. Les trois derniers sondages la mettent à 16%, 17% et 18% (Pallas). 

On note que les différences sont minimes entre les firmes, malgré des méthodologies différentes, surtout pour Pallas (téléphonique automatisé). Les quelques différences notables se situent dans une évaluation plus élevée du PLQ pour Léger et plus élevée pour QS de la part de Synopsis.

  

 

Et Montréal, dans tout ça?

Montréal se distingue! 

  • D'une part, le PLQ est en avance et ceci, même si on prend la RMR au complet. Et il progresse depuis son plus bas, début septembre. Léger le met à 36%, les autres entre 29% et 31%.
  • Le PQ progresse également, se situant entre 25% et 29% (Pallas). Il est significativement plus bas que le PLQ, sauf pour Pallas.
  • Ces deux partis sont les seuls à avoir bénéficié de la chute de plus de sept points de la CAQ - ECF, qui se situe maintenant autour de 15% dans cette région.
  • QS et le PCQ n'ont pas vraiment bougé. Toutefois, Synopsis met QS à 16% dans cette région. 

 

 

 Et les Francophones?

  • En opposition avec ce qui se passe dans la RMR de Montréal, le PQ domine chez les Francophones, bénéficiant de la chute de la CAQ - ECF. Toutefois, il ne fait que récupérer les intentions de vote dont il bénéficiait début août. Il se situe un peu en haut de 30%.
  • Si la CAQ - ECF est en déclin, elle aussi se retrouve à peine plus bas qu'au début août. Elle est maintenant un peu en bas de 20%.
  • Le PCQ a profité de la baisse de la CAQ - ECF plus que les autres partis. Il aurait gagné près de cinq points chez les Francophones depuis début août pour se situer à environ 18%.
  • Tant QS que le PLQ apparaissent avoir légèrement progressé au cours des derniers jours. 

 

Et les non-Francophones?

La progression des intentions de vote chez les non-Francophones reflète -- ou permet de mieux comprendre -- la dynamique dans la RMR de Montréal où ils se concentrent.

  • Le PLQ domine et est clairement en progression mais étant donné les petits échantillons, il est difficile de déterminer jusqu'à quel point de façon précise. Les trois derniers sondages varient leur estimation de l'intention de vote pour le PLQ entre 53% et 63% (Léger). Et les sondeurs ont toujours de la difficulté à recruter des non-Francophones dans leurs échantillons et parmi leurs répondants. Les pourcentages de non-<francophones dans les trois derniers sondages varient entre 9% (Pallas) et 16,5% (Léger) alors qu'ils comptent pour près de 25% de la population.
  •  Les intentions de vote pour les autres partis se situent autour de 10%. 

  

Incitations à la prudence!

 Deux questions m'ont intéressée au cours des derniers jours et je vais tenter de vous en faire part bientôt.

D'une part, je pense que notre vision de la composition linguistique des circonscriptions, particulièrement de la présence de Francophones, est biaisée et ne tient pas compte des changements démographiques des dernières décennies. Voici une première carte avec la proportion de non Francophones dans les circonscriptions de la grande région de Montréal. On notera des proportions de plus de 25% dans des circonscriptions comme Rosemont, Ville-Marie-St-Jacques, et même Camille-Laurin. Attention toutefois, il s'agit de 25% de la population, pas nécessairement des électeurs. Quel impact pourrait avoir une mobilisation de cette population sur les résultats?


 D'autre part, je m'intéresse aux projections de sièges des agrégateurs. Quelle différence dans leurs méthodologies, quel impact sur leurs projections, jusqu'à quel point sont-ils en accord? A suivre.

Au plaisir 

 

22 septembre 2026

Avant le dernier débat, la situation depuis août

 

 Bonjour,

 

Un petit blogue pré-débat de Radio-Canada. Je présente uniquement les intentions de vote depuis le début août. Même s'il n'y a pas énormément de sondages, le portrait est possiblement plus fidèle. Les analysess incluent les Léger et Pallas publiés ce matin. Pour ce qui est de l'intention de vote globale,

  • Le Parti Québécois (PQ) se maintient en tête. Toutefois, la dernière fois où les sondages lui ont donné 30% des intentions de vote est à la mi-août. Depuis ce temps, le PQ se maintient entre un minimum de 27% et un maximum de 29% de sorte que ses intentions de vote apparaissent en légère diminution.
  •  La Coalition Avenir Québec Équipe Christine Fréchette (CAQ-ECF) a atteint un sommet à 25% aussi à la mi-août et a maintenant retrouvé son niveau du début août, autour de 20%.
  • Le Parti Libéral du Québec (PLQ) a fait le chemin inverse de celui de la CAQ-ECF. Il a atteint son minimum à la mi-août et est en légère remontée depuis lors. Il n'a pas retrouvé son niveau de 25% du début août.
  • Tant le Parti Conservateur du Québec (PCQ) que Québec Solidaire (QS) ont amélioré leur position d'un peu moins de deux points depuis le début août. 

 

 Pendant ce temps, à Montréal 

La situation est très différente pour la région métropolitaine de Montréal.

  • D'une part, le PLQ se maintient en tête. Après un creux en août, il est en remontée depuis.
  • Pendant ce temps, le PQ se maintient bon deuxième mais il a perdu deux points début septembre et est stable depuis. 
  • Les intentions de vote pour la CAQ-ECF aussi sont demeurées stables en septembre après avoir connu une remontée en août puis une baisse fin août. 
  •  le PCQ et QS sont demeurés relativement stables. Il y a peut-être eu une faible amélioration du côté de QS.

 

Chez les Francophones

  • Pour le PQ, en résumé, c'est la stabilité totale des intentions de vote, à environ 35%, quand on tient compte de l'ensemble des sondages. 
  • La CAQ-ECF a connu une embellie en août mais est redescendue presque à son niveau du début août depuis, soit environ 25%. 
  • Par contre, la hausse des appuis à l aCAQ-ECF en début de période a fait mal au PLQ et la baisse récente a profité au PCQ qui aurait gagné deux points récemment.
  • Le PLQ a perdu sept points et QS en a gagné au maximum un. 

 

Et les non-Francophones 

Les très petits échantillons de non-Francophones témoignent de la difficulté à les rejoindre, que ce soit pour les panels web qu'au téléphone. Et donc, sous toutes réserves.

  • Le PLQ règne chez les non-Francophones, à 55% selon les sondages, une estimation probablement sous - estimée.
  •  Le seul parti qui semble y avoir fait des gains est QS qui apparaît avoir doublé ses appuis de 5% à 10%, Notons que QS a plusieurs députés dans des circonscriptions montréalaises qui ont un taux important de non-Francophones.
  • Le PCQ demeure relativement constant à 10% 
  • Le PQ et la CAQ-ECF ont perdu des points récemment, après une brève embellie pour la CAQ-ECF. 
  • Une carte des résultats des dernières élections montre bien que l'Île de Montréal appartient au PLQ et à QS. Seules trois circonscriptions de l'est de l'Ile, dont celle de Paul St-Pierre Plamondon sont restées au PQ et à la CAQ.

 

En conclusion 

Les analyses montrent des positions qui sont pour la plupart relativement figées. S'il y a eu un effet débat, il ne s'est pas encore fait sentir. Dans les circonstances, les reportages media devraient sans doute être plus réservés et prendre en compte l'ensemble des sondages. Il est possible que tant le PLQ que le PCQ aient augmenté leurs appuis récemment, chez les Francophones pour le PCQ, chez les non-Francophones et dans la RMR de Montréal pour le PLQ.

15 septembre 2026

Avant les débats, que s'est-il passé?

 Bonjour,

Les débats changent-ils des choses? 

En préparant ce message, j'ai fouillé ma mémoire pour me rappeler les débats qui semblent avoir changé la donne. Je me rappelle d'un débat où Jean Charest était chef du Parti progressiste conservateur (PPC). Dans les jours suivant le débat, l'intention de vote pour le PPC avait fait un bond de sept points. Mais le PPC était trop affaibli pour tirer parti de cette embellie et ses intentions de vote avaient lentement chuté par la suite. 

Le même Jean Charest, en débat avec Bernard Landry et Mario Dumont, avait aussi fait une performance remarquable en 2003. Tant le PQ que le PLQ étaient en progression au détriment de l'ADQ dans les deux semaines précédant le débat. Après le débat, où Jean Charest avait révélé des propos considérés comme inappropriés de Jacques Parizeau, les intentions de vote pour le PLQ avaient continué à monter et celles du PQ s'étaient mises à descendre, assurant ainsi la victoire au PLQ.

Jack Layton avait aussi fait une excellente performance en 2011, performance qui avait été suivie par la "vague orange", soit une progression de 23% à 43% des intentions de vote pour le NPD en deux semaines. Toutefois, Jack Layton avait aussi fait une très bonne entrevue à "Tout le monde en parle" quelques jours avant le débat de sorte qu'il est difficile de départager ce que l'on peut attribuer à l'entrevue et ce qui découle du débat.

Il y a aussi eu un fameux débat entre Brian Mulroney et John Turner, auquel beaucoup attribuent la première victoire de Mulroney.

Toutefois, combien de débats "mémorables" qui semblent avoir changé la donne? Si on pense à tous les débats qui se sont tenus au cours des 30-40 dernières années, très peu sans doute.

Il demeure que, pour savoir si les débats changent des choses, il faut savoir où en étaient les partis avant les débats.

Où en sommes-nous? 

Je vous présente les mêmes graphiques des intentions de vote depuis le 1er janvier que dans le dernier message, mis à jour avec les derniers sondages, incluant un sondage Research Co publié aujourd'hui. 

Je n'inclus pas le sondage Mainstreet publié par Noovo pour deux raisons. D'une part, je viens d'avoir le rapport mais il n'y a aucune information sur les sous-groupes sinon la taille des échantillons. Je pourrais donc seulement entrer les données pour l'ensemble. D'autre part, c'est la deuxième fois que Mainstreet produit des chiffres qui sont très différents de ceux de toutes les autres firmes. Le rapport montre des problèmes importants, dont des groupes fortement sous ou sur représentés. J'attends donc de voir si d'autres sondages confirment le Mainstreet avant de l'intégrer et j'espère obtenir les informations pour les sous-groupes comme le font les autres firmes de sondage. ENFIN, point très important, je viens de découvrir qu'il s'agit d'un sondage interne de la CAQ. La position académique est de ne jamais inclure ces sondages parce que seuls les sondages qui font l'affaire du parti sont "coulés". Il y a donc un biais évident.

J'ajoute aux graphiques de l'évolution des intentions de vote depuis le 1er janvier un deuxième graphique des intentions de vote depuis le début août. Sous toutes réserves toutefois puisqu'il n'y a pas encore beaucoup de sondages publiés (n=13) et donc, on doit y voir une description simple des données disponibles.

Pour l'ensemble du Québec 

L'évolution des intentions de vote donne de nouvelles informations par rapport à la dernière analyse. Une légère et récente tendance à la baisse pour le parti Québécois (PQ) se confirme. L'appui au PQ se situe maintenant sous les 30%. Les appuis à la CAQ - Équipe Christine Fréchette continuent de progresser. Ils auraient récemment dépassé les appuis au Parti Libéral du Québec (PLQ). Statistiquement, les deux partis sont à égalité en deuxième place, cinq à six points derrière le PQ. Tant Québec solidaire (QS) que le Parti conservateur du Québec (PCQ) sont en très légère remontée.

 

 Si on réduit maintenant l'analyse aux sondages effectués en août et septembre (ceci inclut le sondage Léger effectué de fin juin à fin août), le graphique confirme une légère tendance à la baisse pour le PQ, une remontée de la CAQ jusqu'à la fin août environ, puis une légère baisse depuis ainsi qu'une stabilisation des appuis au PLQ en septembre. Les appuis au PCQ et à QS sont relativement stables depuis le début août. 

 

 Pour la RMR de Montréal

Pour ce qui est de la RMR de Montréal, la CAQ a continué de faire des gains, surtout aux détriments du PLQ, selon les sondages. Le PQ a aussi perdu quatre points de pourcentage depuis janvier (mais pas nécessairement récemment. QS et le PCQ par contre, ont fait des gains récents. Le deuxième graphique nous en dira plus.

 

Si on regarde le graphique pour la RMR de Montréal depuis le début août, on note une stabilisation récente du vote pour le PLQ après une légère baisse en août. Le PLQ demeure en tête dans la région. Tant le PQ que la CAQ - ECF apparaissent avoir perdus quelques appuis en faveur de QS et du PCQ. Sous toute réserve, étant donnée la taille des échantillons et le peu de sondages sur lesquels baser les analyses.

 

 Pour les Francophones

La baisse des appuis au PQ constatée pour l'ensemble se voit également chez les Francophones. Le PQ y serait maintenant un peu sous 35%. Il a quand même une avance claire sur la CAQ dont les appuis se situent entre 15% et 30%. Les trois autres partis sont "dans un mouchoir de poche", entre 10% et 15%, loin derrière.

Depuis août, rien ne bouge ou presque chez les Francophones. Le PQ semble tout à fait stable. Par contre, la CAQ a fait de légers gains aux dépens du PLQ. Ce sont vraiment le PQ et la CAQ, quand même environ sept points derrière, qui dominent, les autres partis se situant entre 10% et 15%.

 

Pour les non-Francophones 

Le graphique pour les non-Francophones doit être pris avec beaucoup de réserve étant donné les tailles d'échantillon, habituellement sous les 200 répondants. Les marges d'erreur sont donc énormes. Le PLQ domine, un peu en haut de 50%. Ceci dit, on voit bien sur le graphique la dispersion des évaluations des sondages. Les derniers sondages évaluent les appuis au PLQ entre 42% et 61%, ce qui est sans doute une sous-estimation.

 

La situation a été relativement stable depuis le début d'août chez les non-Francophones, si on excepte ce qui apparaît comme une remontée de QS qui aurait doublé ses appuis, faibles toutefois, passant de 5% à 10%.

 

 

En conclusion

Ces graphiques permettent d'avoir un portrait de la situation avant débat. Les faibles tendances constatées vont-elles s'accentuer. Des mouvements importants vont-ils apparaître. Comme disait l'autre, l'avenir est difficile à prévoir. Ceci dit, en l'absence de mouvements importants avant les débats, tout mouvement important à la suite serait sans doute attribué aux débats! 

28 août 2026

Élection québécoise: Ligne de départ

 Bonjour,

 Je vais couvrir les sondages de la campagne électorale qui commence comme je l'ai fait dans de multiples campagnes précédentes. Contrairement aux "agrégateurs", je ne m'intéresse pas aux projections de sièges mais plutôt à tracer l'évolution des intentions de vote de l'ensemble de la population et de divers sous-groupes. Pour estimer cette intention de vote, j'utilise ce qu'on appelle une régression locale. Il s'agit d'une procédure de lissage qui accorde plus d'importance aux intentions de vote qui sont plus proche les unes des autres et moins d'importance aux estimations qui s'écartent des autres. Le même type d'analyse est utilisé par Wikipedia (et peut même être effectué en utilisant ChatGpt). Ce type d'analyse est plus sensible aux mouvements dans les intentions de vote que les estimations utilisées par les agrégateurs.

Dans les graphiques, les points représentent des intentions de vote positionnées à la mi-période du sondage: un sondage réalisé du 24 au 26 août sera positionné le 25 août. Les lignes représentent l'évolution estimée des intentions de vote telles qu'estimées par la régression locale. 

Quelle est donc la situation en ce début de campagne? Le premier graphique montre l'évolution des intentions de vote depuis le début de janvier 2026. Il inclut le sondage Synopsis publié ce matin mais comme il est "seul", son impact sur l'analyse est minimal . Le graphique montre 

a) que le Parti québécois (PQ) aurait perdu environ trois points de pourcentage depuis janvier; 

b) que l'élection de Christine Fréchette à la tête de la CAQ (ligne bleu verticale) a fait grimper d'au moins cinq points les intentions de vote pour ce parti dans les semaines suivantes mais que cette montée s'est arrêtée deux mois plus tard, à la mi-juin; si on se fie au dernier sondage Synopsis toutefois, ces intentions de vote recommencent à progresser. Attendons au moins un deuxième sondage pour valider le tout. 

c) que la montée de la CAQ (nouvellement nommée Équipe Christine Fréchette (ECF?)) s'est surtout faite aux dépens du Parti Libéral du Québec (PLQ). Il est inexact de dire que "le PQ n'est plus seul en tête pour la première fois depuis trois ans" comme l'affirment certains medias puisque le PQ et le PLQ étaient à égalité dans six sondages entre la mi-avril et la mi-mai. Toutefois, comme on le verra par la suite, c'est très différent chez les francophones.

Qu'en est-il des Francophones?

Le même type de graphique donne un portrait instructif pour ce qui est des Francophones. Il montre que le Parti québécois a perdu près de cinq points chez les Francophones depuis janvier et que la CAQ - ECF a gagné 10 points durant la même période. Celle-ci prend des votes autant au PLQ qu'au PQ. Québec solidaire (QS) apparaît stable tandis que les appuis au parti Conservateur (PCQ) ont fluctué pour se retrouver au même niveau qu'en janvier.

 

 

Et la RMR de Montréal?

Pour ce qui est des dynamiques régionales, je me concentre sur Montréal parce que les échantillons dans les deux autres régions -- la RMR de Québec et le reste du Québec --  sont la plupart du temps trop petits pour tirer des conclusions fiables.

Le PLQ règne toujours dans la grande région de Montréal. Toutefois, la dynamique que l'on a perçu pour l'ensemble du Québec est très claire également dans cette région. Après une montée importante des intentions de vote à partir de janvier, le PLQ a perdu les appuis qu'il avait gagnés pour se retrouver au même niveau qu'en début de période. Le PQ a perdu environ deux à trois points. Encore là, la CAQ a fait des gains, surtout dans le 450 si on se fie au dernier sondage Synopsis. Le PCQ a aussi perdu un peu d'appuis et QS est stable.


 

 Un dernier mot sur les non-francophones, soit les allophones et anglophones

On parle peu des no-francophones dans cette campagne, sans doute un peu parce qu'on les considère concentrés dans certaines circonscriptions et acquis au PLQ. Les firmes de sondage, quelle que soit leur méthodologie, ont beaucoup de difficultés à les joindre et les échantillons sont vraiment petits (entre 107 et 214 répondants). Le graphique montre les intentions de vote mesurées pour ce groupe. De fait, le PLQ domine mais la courbe d'évolution est la même que pour les francophones. Toutefois, la baisse se ferait en faveur du PCQ, ce qui est peu plausible, la clientèle du PCQ se retrouvant surtout dans la région de Québec. On voit aussi une légère augmentation des appuis à la CAQ, de 6% à 12%. 

Il faut se questionner sur l'évaluation qui est faite des appuis au PLQ dans ce groupe. Ces appuis risquent d'être sous-estimés. L'analyse que j'ai faite de cette question il y a très longtemps semble encore valide. Il s'agit de ce que j'avais appelé le "paradoxe de l'anglo péquiste". En gros, l'idée est que, plus il est difficile de rejoindre un groupe de la population -- les jeunes, les allophones, etc. -- plus ceux qui sont rejoints sont susceptibles de ne pas être représentatifs de leur groupe. Toutefois, vérification faite dans les sondages publiés jusqu'à maintenant, la relation entre la proportion de non-francophones et l'intention de vote pour le PLQ chez ces derniers est quand même faible.

Un dernier point sur les non-francophones. On sait qu'ils sont très concentrés dans certaines circonscriptions. Toutefois, en 2014, j'avais montré que le vote des non-francophones , généralement fortement opposés à la Charte des valeurs proposée par le PQ à l'époque, avait fait perdre trois circonscriptions au PQ, entre autres parce qu'ils s'étaient fortement mobilisés pour aller voter. 

On trouve des circonscriptions majoritairement non francophones dans plusieurs parties de  l'île de Montréal et plus de 30% de non francophones à Laval, mais on trouve aussi 25% de non Francophones dans Camille Laurin, 27% dans Rosemont, 33% dans Mercier et 36% dans Ste-Marie-St-Jacques. Dépendamment des enjeux de la campagne, la mobilisation ou pas des non Francophones peut changer la donne dans des circonscriptions où on ne les attend pas nécessairement.

 

En conclusion

Pour les sondeurs, l'élection de 2026 peut apparaître comme "l'élection de tous les dangers", étant donné le nombre de partis compétitifs: La moins grande distance entre les partis facilite les changements de camp. Il faudra suivre les sondages attentivement pour avoir une idée de ce qui se passe, se garder de conclure à partir de petits échantillons et se rappeler qu'"un sondage ne fait pas le printemps".