Bonjour,
Je vais couvrir les sondages de la campagne électorale qui commence comme je l'ai fait dans de multiples campagnes précédentes. Contrairement aux "agrégateurs", je ne m'intéresse pas aux projections de sièges mais plutôt à tracer l'évolution des intentions de vote de l'ensemble de la population et de divers sous-groupes. Pour estimer cette intention de vote, j'utilise ce qu'on appelle une régression locale. Il s'agit d'une procédure de lissage qui accorde plus d'importance aux intentions de vote qui sont plus proche les unes des autres et moins d'importance aux estimations qui s'écartent des autres. Le même type d'analyse est utilisé par Wikipedia (et peut même être effectué en utilisant ChatGpt). Ce type d'analyse est plus sensible aux mouvements dans les intentions de vote que les estimations utilisées par les agrégateurs.
Dans les graphiques, les points représentent des intentions de vote positionnées à la mi-période du sondage: un sondage réalisé du 24 au 26 août sera positionné le 25 août. Les lignes représentent l'évolution estimée des intentions de vote telles qu'estimées par la régression locale.
Quelle est donc la situation en ce début de campagne? Le premier graphique montre l'évolution des intentions de vote depuis le début de janvier 2026. Il inclut le sondage Synopsis publié ce matin mais comme il est "seul", son impact sur l'analyse est minimal . Le graphique montre
a) que le Parti québécois (PQ) aurait perdu environ trois points de pourcentage depuis janvier;
b) que l'élection de Christine Fréchette à la tête de la CAQ (ligne bleu verticale) a fait grimper d'au moins cinq points les intentions de vote pour ce parti dans les semaines suivantes mais que cette montée s'est arrêtée deux mois plus tard, à la mi-juin; si on se fie au dernier sondage Synopsis toutefois, ces intentions de vote recommencent à progresser. Attendons au moins un deuxième sondage pour valider le tout.
c) que la montée de la CAQ (nouvellement nommée Équipe Christine Fréchette (ECF?)) s'est surtout faite aux dépens du Parti Libéral du Québec (PLQ). Il est inexact de dire que "le PQ n'est plus seul en tête pour la première fois depuis trois ans" comme l'affirment certains medias puisque le PQ et le PLQ étaient à égalité dans six sondages entre la mi-avril et la mi-mai. Toutefois, comme on le verra par la suite, c'est très différent chez les francophones.
Qu'en est-il des Francophones?
Le même type de graphique donne un portrait instructif pour ce qui est des Francophones. Il montre que le Parti québécois a perdu près de cinq points chez les Francophones depuis janvier et que la CAQ - ECF a gagné 10 points durant la même période. Celle-ci prend des votes autant au PLQ qu'au PQ. Québec solidaire (QS) apparaît stable tandis que les appuis au parti Conservateur (PCQ) ont fluctué pour se retrouver au même niveau qu'en janvier.
Et la RMR de Montréal?
Pour ce qui est des dynamiques régionales, je me concentre sur Montréal parce que les échantillons dans les deux autres régions -- la RMR de Québec et le reste du Québec -- sont la plupart du temps trop petits pour tirer des conclusions fiables.
Le PLQ règne toujours dans la grande région de Montréal. Toutefois, la dynamique que l'on a perçu pour l'ensemble du Québec est très claire également dans cette région. Après une montée importante des intentions de vote à partir de janvier, le PLQ a perdu les appuis qu'il avait gagnés pour se retrouver au même niveau qu'en début de période. Le PQ a perdu environ deux à trois points. Encore là, la CAQ a fait des gains, surtout dans le 450 si on se fie au dernier sondage Synopsis. Le PCQ a aussi perdu un peu d'appuis et QS est stable.
Un dernier mot sur les non-francophones, soit les allophones et anglophones
On parle peu des no-francophones dans cette campagne, sans doute un peu parce qu'on les considère concentrés dans certaines circonscriptions et acquis au PLQ. Les firmes de sondage, quelle que soit leur méthodologie, ont beaucoup de difficultés à les joindre et les échantillons sont vraiment petits (entre 107 et 214 répondants). Le graphique montre les intentions de vote mesurées pour ce groupe. De fait, le PLQ domine mais la courbe d'évolution est la même que pour les francophones. Toutefois, la baisse se ferait en faveur du PCQ, ce qui est peu plausible, la clientèle du PCQ se retrouvant surtout dans la région de Québec. On voit aussi une légère augmentation des appuis à la CAQ, de 6% à 12%.
Il faut se questionner sur l'évaluation qui est faite des appuis au PLQ dans ce groupe. Ces appuis risquent d'être sous-estimés. L'analyse que j'ai faite de cette question il y a très longtemps semble encore valide. Il s'agit de ce que j'avais appelé le "paradoxe de l'anglo péquiste". En gros, l'idée est que, plus il est difficile de rejoindre un groupe de la population -- les jeunes, les allophones, etc. -- plus ceux qui sont rejoints sont susceptibles de ne pas être représentatifs de leur groupe. Toutefois, vérification faite dans les sondages publiés jusqu'à maintenant, la relation entre la proportion de non-francophones et l'intention de vote pour le PLQ chez ces derniers est quand même faible.
Un dernier point sur les non-francophones. On sait qu'ils sont très concentrés dans certaines circonscriptions. Toutefois, en 2014, j'avais montré que le vote des non-francophones , généralement fortement opposés à la Charte des valeurs proposée par le PQ à l'époque, avait fait perdre trois circonscriptions au PQ, entre autres parce qu'ils s'étaient fortement mobilisés pour aller voter.
On trouve des circonscriptions majoritairement non francophones dans plusieurs parties de l'île de Montréal et plus de 30% de non francophones à Laval, mais on trouve aussi 25% de non Francophones dans Camille Laurin, 27% dans Rosemont, 33% dans Mercier et 36% dans Ste-Marie-St-Jacques. Dépendamment des enjeux de la campagne, la mobilisation ou pas des non Francophones peut changer la donne dans des circonscriptions où on ne les attend pas nécessairement.
En conclusion
Pour les sondeurs, l'élection de 2026 peut apparaître comme "l'élection de tous les dangers", étant donné le nombre de partis compétitifs: La moins grande distance entre les partis facilite les changements de camp. Il faudra suivre les sondages attentivement pour avoir une idée de ce qui se passe, se garder de conclure à partir de petits échantillons et se rappeler qu'"un sondage ne fait pas le printemps".