Bonsoir,
Dans ce bilan post-électoral, j'aborde deux questions. Comment les sondages s'en sont-ils tiré? Et d'autre part, étant donnée la place qu'ont pris les agrégateurs, il est important de se demander comment eux s'en sont-ils tirés?
Le graphique suivant présente l'estimation des intentions de vote. Chaque point représente les résultats d'un sondage. Les tendances sont estimées par régression locale. les lignes verticales représentent le début de la campagne (28 août), les deux premiers débats (15-16 septembre) et le dernier débat (23 septembre).
Pour ce qui est des sondages, nous avons seulement les résultats globaux pour le moment. Étant donné que l'on sait qu'il y avait du mouvement en fin de campagne, à tout le moins pour la Coalition Avenir Québec (CAQ), le Parti Libéral du Québec (PLQ) et le Parti Conservateur du Québec (PCC), on doit conclure que les sondages s'en sont très bien tirés. Il y a une légère surestimation du Parti Québécois (PQ) -- on parle de 1,5 points -- et de la CAQ, mais cette dernière était en déclin dans les derniers jours.
La sous-estimation de Québec solidaire (2,4 points) est plus surprenante, étant donné que les partis de gauche sont plus souvent surestimés. Le PLQ et le Parti conservateur du Québec (PCC) sont très bien estimés.
Par ailleurs, mes analyses donnent des estimations très similaires à celles des agrégateurs. Par contre, certains ont plus fortement surestimé la CAQ (à 17,2%) et sous-estimé le PCC, comme le montre le tableau suivant.
Il faut parler de projection de sièges parce que ces projections ont occupé une place très importante dans la couverture médiatique, plus de place même que les sondages. C'est d'autant plus compréhensible étant donné la distorsion de notre système électoral, particulièrement dans le contexte de cette élection, qui fait que les intentions de vote ne se traduisent pas en une égale proportion de sièges.
Le tableau suivant présente le nombre de sièges où les partis sont projetés en tête de même que les limites basses et hautes des prédictions des agrégateurs, ce qu'on appelle l'étendue. C'est un peu comme la marge d'erreur et l'intervalle de confiance des sondages.
Tous les agrégateurs, quel que soit le modèle utilisé, ont surestimé le nombre de sièges où le PQ était en tête, lui prédisant de 63 à 67 sièges. Ils ont concurremment sous-estimé le nombre de sièges qu'allait remporter le PLQ. Pour QS, deux agrégateurs s'en tirent très bien, prédisant 8 et 9 sièges. Les deux autres sont trop bas. Il faut comprendre que ces projections sont tributaires de l'estimation des intentions de vote par les sondages et que elles-mêmes ont sous-estimé QS.
Ces conclusions ne prennent toutefois pas en compte l'étendue -- généralement très substantielle -- des prédictions des agrégateurs. Cette étendue -- entre un minimum de 32 sièges et un maximum de 77 sièges pour le PQ -- est tributaire de l'incertitude amenée par les mouvements de la CAQ, du PCQ et du PLQ. On n'en a sans doute pas suffisamment parler pendant la campagne, l'accent étant mis sur "le chiffre" et la possibilité d'un gouvernement minoritaire ou majoritaire.Si on prend l'étendue des projections en compte, tous les agrégateurs ont eu raison pour tous les partis sauf pour la CAQ. Pour celle-ci, un seul agrégateur n'avait pas prévu la possibilité de l'absence de sièges. Notons aussi que deux agrégateurs ont proposé des statistiques différentes, soit la médiane pour Route127 et la moyenne des projections pour Poll tracker (The Writ). Ces deux statistiques ont donné de meilleures projections pour le PQ... mais pas pour les autres partis.
En conclusion
Étant donné les changements majeurs qui ont eu lieu au cours des derniers mois et durant la campagne, ce ne serait pas juste de "lancer des pierres". Au contraire, les sondeurs et les agrégateurs s'en sont généralement bien tirés dans les circonstances. Il y a toutefois une réflexion à faire sur la manière de traiter les projections de sièges. Il faudrait sans doute parler plus de l'étendue des projections, de la marge d'erreur, quoi!
