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06 octobre 2026

Bilan post-électoral: les sondages, les agrégateurs, que conclure

 Bonsoir,

Dans ce bilan post-électoral, j'aborde deux questions. Comment les sondages s'en sont-ils tiré? Et d'autre part, étant donnée la place qu'ont pris les agrégateurs, il est important de se demander comment eux s'en sont-ils tirés?

Le graphique suivant présente l'estimation des intentions de vote. Chaque point représente les résultats d'un sondage. Les tendances sont estimées par régression locale. les lignes verticales représentent le début de la campagne (28 août), les deux premiers débats (15-16 septembre) et le dernier débat (23 septembre). 

Pour ce qui est des sondages, nous avons seulement les résultats globaux pour le moment. Étant donné que l'on sait qu'il y avait du mouvement en fin de campagne, à tout le moins pour la Coalition Avenir Québec (CAQ), le Parti Libéral du Québec (PLQ) et le Parti Conservateur du Québec (PCC), on doit conclure que les sondages s'en sont très bien tirés. Il y a une légère surestimation du Parti Québécois (PQ) -- on parle de 1,5 points -- et de la CAQ, mais cette dernière était en déclin dans les derniers jours. 

La sous-estimation de Québec solidaire (2,4 points) est plus surprenante, étant donné que les partis de gauche sont plus souvent surestimés. Le PLQ et le Parti conservateur du Québec (PCC) sont très bien estimés. 

 

 

Par ailleurs, mes analyses donnent des estimations très similaires à celles des agrégateurs. Par contre, certains ont plus fortement surestimé la CAQ (à 17,2%) et sous-estimé le PCC, comme le montre le tableau suivant. 

 

Il faut parler de projection de sièges parce que ces projections ont occupé une place très importante dans la couverture médiatique, plus de place même que les sondages. C'est d'autant plus compréhensible étant donné la distorsion de notre système électoral, particulièrement dans le contexte de cette élection, qui fait que les intentions de vote ne se traduisent pas en une égale proportion de sièges.

 

 

Le tableau suivant présente le nombre de sièges où les partis sont projetés en tête de même que les limites basses et hautes des prédictions des agrégateurs, ce qu'on appelle l'étendue. C'est un peu comme la marge d'erreur et l'intervalle de confiance des sondages. 

Tous les agrégateurs, quel que soit le modèle utilisé, ont surestimé le nombre de sièges où le PQ était en tête, lui prédisant de 63 à 67 sièges. Ils ont concurremment sous-estimé le nombre de sièges qu'allait remporter le PLQ. Pour QS, deux agrégateurs s'en tirent très bien, prédisant 8 et 9 sièges. Les deux autres sont trop bas. Il faut comprendre que ces projections sont tributaires de l'estimation des intentions de vote par les sondages et que elles-mêmes ont sous-estimé QS.

  

Ces conclusions ne prennent toutefois pas en compte l'étendue -- généralement très substantielle -- des prédictions des agrégateurs. Cette étendue -- entre un minimum de 32 sièges et un maximum de 77 sièges pour le PQ -- est tributaire de l'incertitude amenée par les mouvements de la CAQ, du PCQ et du PLQ. On n'en a sans doute pas suffisamment parler pendant la campagne, l'accent étant mis sur "le chiffre" et la possibilité d'un gouvernement minoritaire ou majoritaire.Si on prend l'étendue des projections en compte, tous les agrégateurs ont eu raison pour tous les partis sauf pour la CAQ. Pour celle-ci, un seul agrégateur n'avait pas prévu la possibilité de l'absence de sièges. Notons aussi que deux agrégateurs ont proposé des statistiques différentes, soit la médiane pour Route127 et la moyenne des projections pour Poll tracker (The Writ). Ces deux statistiques ont donné de meilleures projections pour le PQ... mais pas pour les autres partis.

En conclusion

Étant donné les changements majeurs qui ont eu lieu au cours des derniers mois et durant la campagne, ce ne serait pas juste de "lancer des pierres". Au contraire, les sondeurs et les agrégateurs s'en sont généralement bien tirés dans les circonstances. Il y a toutefois une réflexion à faire sur la manière de traiter les projections de sièges. Il faudrait sans doute parler plus de l'étendue des projections, de la marge d'erreur, quoi!

04 octobre 2026

Petit bilan de fin de campagne

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 Bonjour,

Une flopée de sondages publiés hier ou aujourd'hui, jusqu'à il y a à peine une heure ou deux. Quelques sondeurs qu'on n'a pas vus souvent, comme Research Co et Liaison publient aujourd'hui.  Peu de changements dans les intentions de vote estimées. L'histoire de cette campagne est celle d'une remarquable stabilité du vote pour le Parti Québécois (PQ). Parti à 30% début août, il s'est "stationné" sous 30% jusqu'à la fin de semaine dernière où trois sondages ont estimé ses appuis à 30%. Les derniers sondages le ramènent à 29% avec toutefois un sondage à 31% et un autre à 28%. 

Deux points importants: D'une part, comme les chiffres sont arrondis, 29%, c'est de 28,6% à 29,4% et 30%, ça commence à 29,6% et ça peut aller jusqu'à 30,4%. Un mouvement de un point peut être en fait un "mouvement" de 0,2 points de pourcentage ou de 1,8 points. Dans tous les cas, il n'est pas significatif si on prend un seul sondage. Par contre, on est presque sidéré de voir que tous les sondeurs, quelles que soient les méthodes utilisées donnent presque toujours des chiffres très similaires ou même identiques pour le PQ.

Le Parti Libéral du Québec (PLQ) est maintenant entre 23% et 25% dans les derniers sondages. Les estimations pour la Coalition Avenir Québec (CAQ-ECF) varient fortement, entre 13% et 18% mais les sondeurs plus établis comme Léger et Pallas mettent tous les deux ses appuis à 14%. Pour ce qui est du Parti Conservateur du Québec (PCQ), c'est l'unanimité à 20%. Enfin, les intentions de vote pour Québec Solidaire (QS) sont similaires, entre 10% et 11%. Les appuis à la CAQ sont donc ceux qui varient le plus entre les sondeurs.

 Quelles conséquences? On a eu l'impression pendant la campagne que l'appui au PQ variait, qu'il se "dirigeait en zone majoritaire". Toutefois, cette variation était uniquement celle des projections des agrégateurs et celles-ci sont dépendantes de la variation des intentions de vote pour les autres partis, particulièrement dans les circonscriptions où le PQ est talonné. Et elles sont évidemment fortement victimes de la distorsion de notre système électoral. Pour en savoir plus sur les agrégations, voir cet article publié dans La Presse du 2 octobre: https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2026-10-01/elections-quebecoises/peut-on-se-fier-aux-predictions-des-agregateurs-de-sondages.php 

Les graphiques faits aujourd'hui à presque 22h00 donnent ceci. Je ferai une comparaison avec le vote mardi. 

Le graphique suivant montre bien la dynamique de la campagne. Les appuis à la CAQ ont progressé jusqu'à la fin août au détriment surtout du PLQ. Depuis, ces appuis ont décliné assez sérieusement au profit tant du PCQ que du PLQ.

  

Pendant ce temps, dans la RMR de Montréal 

Le PLQ et le PQ ont enregistré une hausse de leurs appuis entre le début août et la fin de la campagne dans la RMR de Montréal, mais après un déclin qui s'est étiré presque jusqu'à la mi-septembre. Les autres partis sont en légère progression (PCQ, QS) ou ont décliné fortement (CAQ). Le PLQ s'est distancié  de ses proches concurrents comme le PQ et la CAQ au cours des dernières semaines.

  

Chez les Francophones

Les appuis au PQ sont demeurés stables également chez les francophones bien qu'il y ait eu une légère remontée après la mi-septembre. L'effondrement des appuis à la CAQ a profité surtout au PCQ et dans une moindre mesure également au PLQ. 

 

 Chez les non-Francophones 

Chez les non-Francophones, le PLQ "caracole" en tête pour utiliser une expression fréquente dans les médias et ses appuis sont probablement, à 55%, sous-estimés. Les autres partis sont relativement stables. Les échantillons sont tellement petits qu'il ne faut pas se fier trop aux estimations. Celles-ci peuvent être très variables. Les appuis à QS, par exemple sont estimés entre 5% et 12%.

 

A quoi s'attendre? 

Pendant longtemps, les appuis au PLQ étaient systématiquement sous-estimés par les sondages et souvent, les appuis au PQ étaient surestimés. Toutefois, avec la dynamique à cinq partis qui s'est installée depuis 2018, ce n'est plus le cas. À l'élection de 2022, avec le même type d'analyse que j'utilise dans ce message, les appuis au PLQ et au PCQ avaient tous les deux été surestimés de deux points alors que ceux du PQ avaient été bien estimés et ceux de la CAQ et de QS, légèrement sous-estimés. 

Il ne faut pas sous-estimer non plus la possibilité que, dans les circonstances actuelles, des mouvements de dernière minute se produisent dans l'électorat. Donc, il me semble qu'il faudra vivre avec l'incertitude jusqu'à la fin de la soirée électorale et peut-être même après!  

 

Merci à Mathieu Lavoie pour l'efficace entrée des données et les graphiques.